Les photos avant/après sont l’un des contenus les plus utilisés sur les réseaux sociaux et les sites de chirurgie esthétique. Elles sont aussi l’un des sujets les plus sensibles du point de vue déontologique. Les recommandations officielles du Conseil National de l’Ordre des Médecins en font explicitement une pratique déconseillée dans leur usage promotionnel courant.

Dans cet article
  • Ce que les recommandations officielles du CNOM imposent
  • La distinction entre usage promotionnel et usage pédagogique
  • Les conditions cumulatives pour une publication acceptable
  • Le consentement patient : nécessaire mais insuffisant
  • Le risque disciplinaire et comment l’évaluer
  • Les alternatives conformes aux photos avant/après

Ce que les recommandations du CNOM disent exactement

Les commentaires officiels du Code de déontologie médicale, édition mars 2025 (Conseil National de l’Ordre des Médecins), dans leur commentaire de l’article R.4127-19-1, inscrivent explicitement les photos avant/après dans la liste de ce que le médecin “ne doit pas faire” :

Les recommandations ordinales formulent explicitement : les photos sur le mode avant/après qui ne se limitent pas à présenter les résultats habituellement attendus, dans le but de faire croire à une garantie de résultat, sont proscrites. La quasi-totalité des photos avant/après utilisées à des fins de communication esthétique entrent dans cette catégorie : elles montrent des résultats positifs sélectionnés, pas les résultats habituellement attendus dans toute leur variabilité.

Ce n’est pas une interdiction absolue inscrite dans le texte législatif lui-même, mais c’est une recommandation ordinale claire qui est la référence de la jurisprudence disciplinaire. L’Ordre sanctionne régulièrement les photos avant/après à usage promotionnel.

La distinction fondamentale : promotionnel vs pédagogique

Le critère central est l’intention et le contexte de publication.

Usage promotionnel (proscrit)

Photos sélectionnées pour leur résultat esthétique favorable, publiées pour montrer les “transformations” réalisées, attirer des patients, valoriser les compétences du praticien.

Caractéristiques : sélection des meilleurs résultats, mise en scène flatteuse, contexte de communication commerciale, accompagnement de textes incitatifs.

Usage pédagogique (admissible avec conditions)

Photos illustrant un concept médical, une technique chirurgicale, un résultat type dans un contexte scientifique ou d’information médicale neutre. La photo représente les résultats habituellement attendus, pas les meilleurs cas sélectionnés.

Caractéristiques : contexte clairement informatif, représentativité des résultats, absence de sélection promotionnelle, accompagnement d’informations médicales neutres.

Les conditions cumulatives pour une publication acceptable

Si un praticien souhaite publier des photos avant/après dans un contexte pédagogique, quatre conditions cumulatives doivent être réunies.

1
Consentement écrit et spécifique du patient

Le patient doit avoir donné un consentement écrit, spécifique à cette publication, pour ce support précis (site web, réseaux sociaux) et cette finalité (information médicale ou communication professionnelle). Un consentement général ou verbal est insuffisant.

2
Anonymisation sérieuse

L'identification du patient ne doit pas être possible. Une barre opaque sur les yeux est insuffisante pour garantir l'anonymat : le visage, les tatouages, les cicatrices distinctives, la morphologie générale peuvent permettre l'identification. L'anonymisation doit être sérieuse, pas symbolique.

3
Contexte clairement informatif et non publicitaire

La photo doit être accompagnée d'un contenu médical informatif qui la contextualise. Elle doit illustrer une information médicale, pas promouvoir les services du praticien. L'ensemble de la page ou du post doit avoir un caractère éducatif dominant.

4
Représentativité des résultats, pas sélection des meilleurs cas

Si les photos représentent une sélection des meilleurs résultats (ce qui est presque toujours le cas dans la pratique), elles ne représentent pas "les résultats habituellement attendus" au sens des recommandations ordinales. C'est ce critère qui rend la quasi-totalité des usages courants non conformes.

Le consentement ne suffit pas

C’est le point le plus mal compris par les praticiens.

Le consentement du patient est une condition nécessaire (RGPD, droit à l'image) mais pas suffisante pour rendre une publication avant/après conforme au Code de déontologie. Le consentement règle la question du droit à l'image, mais il ne règle pas la question du procédé publicitaire interdit par l'article R.4127-19-1. Un praticien qui publie une photo avant/après promotionnelle avec le consentement de son patient viole quand même les recommandations ordinales.

Test gratuit — 2 minutes

Le consentement ne couvre pas la question déontologique des photos. Les photos avant/après sont l'un des 12 points vérifiés par le test.

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La réalité du risque disciplinaire

Les photos avant/après figurent régulièrement dans les dossiers de procédures disciplinaires, soit comme motif principal, soit comme élément aggravant dans une procédure déclenchée pour un autre motif.

Le niveau de risque varie selon plusieurs facteurs :

  • Contexte de la publication : une photo sur une page d’intervention “informationnelle” est moins risquée qu’une série de photos sur Instagram accompagnée de hashtags
  • Nature de la sélection : montrer un résultat exceptionnel est plus risqué que montrer un résultat représentatif
  • Accompagnement textuel : une photo avec “Résultat incroyable de notre patiente !” est plus risquée qu’une photo accompagnée d’informations médicales neutres
  • Antécédents disciplinaires : pour un praticien sans antécédent, une correction rapide après signalement est généralement possible avec un avertissement

Les alternatives conformes

Un praticien peut communiquer sur la qualité de son travail sans photos avant/après : description précise des techniques utilisées, citation de publications dans des revues médicales, participation à des congrès et formations, description factuelle de l'expérience (nombre d'années d'exercice, types d'interventions pratiquées). Ces éléments sont autorisés par l'article R.4127-19-1 et constituent des signaux de confiance réels pour les patients informés.

Alternatives spécifiques aux photos avant/après :

  • Illustrations médicales schématiques (anatomie, technique chirurgicale), sans photo patient
  • Vidéos pédagogiques expliquant une technique chirurgicale (sans identification patient)
  • Infographies sur les étapes de l’intervention ou de la récupération
  • Description textuelle des résultats habituellement attendus, avec mention explicite de la variabilité

À retenir
  • Les recommandations officielles du CNOM déconseillent explicitement les photos avant/après à usage promotionnel
  • La distinction : usage promotionnel (proscrit) vs usage pédagogique représentatif (admissible avec 4 conditions cumulatives)
  • Le consentement du patient est nécessaire (RGPD) mais insuffisant pour la conformité déontologique
  • La sélection des meilleurs cas, pratique quasi-universelle, disqualifie la quasi-totalité des usages courants
  • Alternatives conformes : illustrations médicales, vidéos pédagogiques, infographies, descriptions textuelles

Notre certification déontologique de site médical inclut l’analyse des photos et contenus visuels dans le cadre de l’audit initial. Voir aussi : témoignages de patients sur un site médical : ce qui est interdit.